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Le bèlè

Qu’est-ce que le bèlè ?

Le bèlè (appelé aussi  » bel air  » suivant la francisation du mot créole) est un genre musical dans lequel un chanteur mène la musique avec une voix qui porte, alors que se développe le dialogue entre les danseurs et le tambouyé (joueur de tambour). Il se structure toujours de la façon suivante : le chanteur (ou la chanteuse) donne la voix, suivi des répondè (répondeurs) ; le ti-bwa donne le rythme, et enfin le tambour fait son entrée, suivi des danseurs et danseuses.

Les répondè doivent toujours donner la bonne phrase, les bonnes intonations, et garder le rythme sous peine de déconcentrer le chanteur, et d’entraîner un déséquilibre dans la musique.

Le ti-bwa est joué par un ti-bwatè (joueur de ti-bwa) sur la partie arrière du tambour bèlè et marque le rythme au son de  » tak-pi-tak-pi-tak «

Les bèlès de la Martinique

À la Martinique, le mot « bèlè » recouvre plusieurs réalités. Il désigne à la fois un genre musical, un instrument de musique, une danse, un principe polyrythmique et le type de rassemblement festif au cours duquel on joue et on danse le bèlè.

Formé sur la base d’éléments introduits par les ancêtres africains esclavagés sur l’île entre 1635 et 1848, le bèlè est une expression culturelle représentative de l’identité martiniquaise. Les apports européens variés qui s’y sont greffés affectent particulièrement la danse et le chant. Les recherches existantes ne mentionnent pas l’existence d’apports indiens.

Des sources écrites attestent de la présence du bèlè sur une plantation de Sainte-Marie au milieu des années 1830. Toutefois, elles ne précisent pas s’il se dansait par des couples de danseurs disposés en quadrille ou adoptant une autre configuration.

Le bèlè en lui-même est composé de plusieurs musiques :

  • les bèlè de travail : fouyé tè, rédi-bwa, téraj kay, coupé kan-n, mazon-n et gran son
  • les bèlè de divertissement : bèlè, gran bèlè, bélia, kalennda, danmyé et ladja
  • les bèlè pour veillées mortuaires : bénézuel, kanigwé, karésé yo, ting bang
  • les danses  « la lin’ klè » : mabèlo, woulé, mango

Ces musiques se jouent donc à des moments bien précis : elles accompagnent la journée. Aux temps anciens, les champs de cacao et de café étaient assez éloignés les uns des autres et s’étalaient sur de grandes étendues à flanc de montagne. On chantait le gran son en retournant son champ. Les coups de houe étaient rythmés par les kon’ lambi (conques de lambi) et le bouillonnement de la terre raconté par le tambour à timbre. Le grand son était chanté par deux solistes masculins ayant une large étendue de voix. On retournait la terre en allant vers le sommet de la montagne, après quoi, on la sillonnait en descendant la montagne et le mazon-n, chant pour une seule voix accompagnait cette phase du travail avec toujours deux kon’ lambi qui marquaient le coup de houe.

Les chants, outre leur fonction de rythmer le travail, permettaient de raconter l’histoire de l’île, de la communauté, du voisinage, de relater avec ironie les différends entre colons, les déboires d’un camarade ou d’un contremaître…

Les danses lalin klè

Au nombre de cinq, les danses lalin klè sont celles qui autrefois se donnaient très tard dans la nuit, bien après minuit, expliquent les Anciens. Elles étaient en effet destinées a des personnes qui se connaissent bien; les parents et amis proches du défunt en l’honneur de qui la veillée était organisée. Comme pour tous les éléments du système bèlè, les danses lalin klè sont marquées d’une forte influence africaine. En effet, outre la musique de tambour bèlè, tibwa et chant responsorial, cette influence se ressent dans la manière dont les corps se meuvent. Certaines de ces danses, comme le mabélo, empruntent une partie de leurs déplacements aux contredanses européennes, mais d’autres, comme par exemple le woulé mango ou le ting-bang, semblent n’avoir pas été soumises à leur influence. 

Les Anciens de la région de Sainte-Marie disent souvent que le Bénézuel et le Karésé yo sont les deux danses les plus récentes. Elles seraient dues à Emile Casérus dit Ti-Emile et à Siméline Rangon, respectivement.

Aujourd’hui ces danses se voient rarement dans le contexte de la veillée mortuaire, mais elles ne sont pas oubliées pour autant. C’est par les danses lalin klè que souvent, les swaré bèlè se terminent. Leurs pas spécifiques et leur chorégraphie sont moins complexes que ceux du bèlè, mais cela permet que tous, y compris les danseurs moins expérimentés, prennent part à la fête.

Le Danmyé

Lutte dansée ramenée par les ancêtres africains esclavagés en Martinique, le danmyé oppose deux lutteurs (ou majò) qui mesurent leur force et leur agilité au son d’une musique de tambour bèlè, tibwa et chant responsorial.


Les répertoires Bèlè

Deux grands répertoires bèlè existent à la Martinique aujourd’hui. On a d’une part le bèlè lisid (bèlè du sud), connu et dansé principalement sur le territoire des Anses-d’Arlets et du Diamant et, d’autre part, le bèlè linò qui se décline en deux variantes : le bèlè Sainte Marie et le bèlè Baspointe.

La variante de Sainte-Marie est la plus connue à travers l’île et aussi celle qui a rayonné hors de l’île. La combinaison tambour bèlè / tibwa est le support indispensable à la réalisation de tous les bèlès martiniquais qu’ils soient du nord ou du sud.

Bèlè Linò 1 : Bèlè Sainte Marie

Le bèlè linò se décline en bèlè Sainte Marie et bèlè Basse Pointe. A Sainte-Marie les rythmes constitutifs de la suite bèlè sont dansés par quatre couples disposés en carré. La chorégraphie adoptée à Sainte-Marie doit beaucoup au Quadrille Français qui était à la mode dans toute l’Europe et en Martinique aussi dans les années 1830 – 40.

Dans le bèlè Sainte Marie en effet, un même groupe de huit danseurs exécute généralement plusieurs danses (ou éléments) les unes à la suite des autres avant de se faire remplacer. A la différence du Quadrille français cependant, les éléments de la suite bèlè sont conçus comme des danses séparées qu’on enchaîne les unes aux autres selon son gré et sans ordre pré-établi. Bidjin bèle, bèlè douss, bèlè piké, bèlè twapa (ou marin bèlè), bélya, granbèlè (*) chaque nom d’élément est évocateur d’un rythme et d’un corpus de pas caractéristique.

Si les déplacements sont inspirés du Quadrille Français qui faisait fureur à la mi-XIXe siècle, les mouvements du corps et les attitudes propres à la danse bèlè sont à l’évidence hérités des ancêtres Africains. De même, les danseurs évoluent au son d’une musique de tambour et de voix sans l’aide d’aucun instrument mélodique.

Bèlè Linò 2 : bèlè baspwent

Si les danses constitutives du bèlè Basse Pointe sont celles de tout bèlè linò, Basse-Pointe a préservé des pas et des déplacements qui aident à le caractériser.

Les danseurs se rangent sur deux lignes face-à-face. L’une est faite d’hommes et l’autre de femmes. Cette disposition est adoptée pour toutes les danses de la suite bèlè sauf la bidjin bèlè pour laquelle les danseurs forment un cercle où hommes et femmes alternent. Cette configuration rappelle fortement le bèlè qui se danse à Sainte-Marie.

Les pas sautés sont peu fréquents dans le bèlè Basse Pointe. Ceux qui sont typiques de ce bèlè s’appellent kozak-pa-douvan, kozak-pa-dèyè ou encore ladjabèlè. Ces noms impliquent à chaque fois une façon particulière de lancer la jambe devant, derrière ou sur le côté lors de l’exécution des figures. Lorsqu’un de ces pas est choisi pour une figure, tous les danseurs se doivent de l’exécuter à l’exclusion de tout autre. Il est toutefois permis le personnaliser. Autre particularité de Basse-Pointe, le salut final au tanbouyé à la fin du bélya. Il est exécuté par les couples de danseurs un à la fois, au moment de la sortie de l’espace de danse.

Les différences n’affectent pas la musique cependant et comme c’est le cas pour le bèlè Sainte Marie, c’est sur le paramètre rythmique que la distinction des éléments repose. La structure des chants bèlè demeure la même pour tous les morceaux qui relèvent de ce système, en style responsorial avec un accompagnement exclusivement rythmique de tambour bèlè et tibwa.

Bèlè Lisid

Le bèlè qui se danse dans le sud de la Martinique présente des différences notables d’avec ceux du nord de l’île. Aux Anses-d’Arlets et dans la campagne du Diamant, les danseurs évoluent par couple à l’intérieur d’un espace circulaire délimité par les spectateurs et par les participants (danseurs, percussionnistes, chanteurs). Leur danse se déroule en face des tambours bèlè et du tibwa. Elle s’appuie également sur une chanson dont un soliste femme ou homme chante les couplets et la foule, le refrain. Les trois danses constitutives de ce qu’on pourrait appeler la « suite » bèlè lisid sont le granbèlè –commandé ou non– le bèlè et la calenda. Ces noms qui rappellent ceux des danses du nord, désignent cependant des rythmes, des mélodies et des mouvements du corps radicalement différents.

De même, le tambour bèlè dont on se sert dans le sud de la Martinique est en tout point semblable à celui du nord, mais il est utilisé de façon différente. En effet, la musique du bèlè lisid requiert le jeu de deux tambours bèlè simultanément ; le premier pour répéter du début à la fin du morceau une formule récurrente qu’on appelle basse et le second pour dialoguer avec le danseur et illustrer sa performance par des séquences rythmique adhoc

Les instruments de musique bèlè

Le tambour bèlè

A la Martinique, la combinaison des rythmes du tambour bèlè et du tibwa est le principe sur lequel la musique bèlè repose. Ce tambour bèlè (qu’on appelait aussi Ka ou tambour djouba) est un membranophone de forme conique dont une extrémité est ouverte et l’autre couverte d’une peau grattée.

Le tanbouyé qui en joue le couche au sol sur le flanc et s’assied à califourchon sur la caisse de résonnance. Il se sert du bout des doigts des deux mains et accessoirement d’un de ses talons pour produire les rythmes de la danse

 

Le Ti-bwa

Pendant que le joueur de tambour joue, un second percussionniste frappe une cellule rythmique récurrente à l’aide de deux baguettes sur les flancs du tambour.

Ces baguettes et les séquences rythmiques complexe qu’elles émettent portent le nom de tibwa. Le tibwa indique le tempo.

Le ti-bwa est confectionné à partir de deux baguettes, branchettes d’arbres ligneux et durs (goyaviers, tibom, caféier) que l’on taille et fait sécher au soleil. Il est joué par un ti-bwatè (joueur de ti-bwa) sur la partie arrière du tambour bèlè et marque le rythme au son de  « tak-pi-tak-pi-tak » .

Lavwa

Dans le nord de la Martinique, le chant commence toujours par lavwa (le / la soliste). Il (ou elle) entonne un chant de son choix et sa première phrase, reprise par lavwa dèyè (lé répondè ou chorus) devient la réponse. Lavwa dèyè chante la réponse entre les phrases du soliste sans aucune variation, jusqu’à la fin du morceau. Après le chant et le tibwa, un tambour bèlè unique déroule avec vigueur des séquences rythmiques complexes qui établissent un dialogue avec le danseur tout en complétant la musique des voix.

Source : livre (Résidence Martinique) 2015

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